Lire les racines arabes
ouverture du sens : تفسير (tafsîr) = ouverture ; تأويل (ta’wîl) = orientation

Cette recherche part d’une idée simple : les mots ont plusieurs sens. Un mot n’est donc pas nécessairement une définition unique à laquelle il faudrait immédiatement réduire toutes ses occurrences. Les dictionnaires anciens montrent au contraire, lorsqu’on les parcourt ensemble, une pluralité d’usages, de nuances, de situations et de relations. Cette pluralité ouvre un champ de possibilités. C’est à partir de là que se construit ma lecture. Je ne cherche pas d’abord à imposer un sens au texte, mais à revenir à la matière du mot : ses usages anciens, ses différentes acceptions, ses formes, ses relations avec d’autres mots. Les dictionnaires deviennent ainsi les premières pierres de l’exploration. À partir de ces pierres, quelque chose peut apparaître.
تفسير (tafsîr) : ouvrir ce qui était couvert Le mot تفسير (tafsîr) peut être pris ici dans son sens premier de dévoilement et d’explicitation : rendre visible ce qui était couvert, faire apparaître ce qui était caché. Dans cette perspective :
تفسير (tafsîr) = ouverture. Interpréter commence donc par ouvrir le champ du mot. Il ne s’agit pas encore de choisir une possibilité contre toutes les autres, mais de voir ce que le mot permet de laisser apparaître lorsqu’on rassemble ses différentes attestations. Le dictionnaire fournit les éléments. La mise en relation fait apparaître une configuration. Le contexte du verset permet alors à cette configuration de prendre forme. C’est à ce niveau qu’intervient l’التأويل (al-ta’wîl).
تأويل (ta’wîl) : orienter dans le champ ouvert Une fois le champ ouvert, plusieurs directions deviennent possibles. تأويل (ta’wîl) peut alors être compris comme un mouvement d’orientation : parmi les possibilités qui ont été ouvertes, une lecture se dessine en fonction du contexte, de la relation entre les mots et de la dynamique du passage. Ainsi :
تفسير (tafsîr) ouvre ; تأويل (ta’wîl) oriente. Le premier ouvre le champ. Le second engage un mouvement à l’intérieur de ce champ. L’orientation ne signifie donc pas nécessairement fermeture. Elle est le mouvement par lequel une possibilité particulière devient lisible dans une configuration donnée.
Du ظاهر (ẓāhir) au باطن (bāṭin) Cette manière de lire conduit naturellement à une autre dimension de la recherche. Le ظاهر (al-ẓāhir) n’est pas ici opposé au باطن (al-bāṭin). Le monde extérieur, avec ses lieux, ses objets, ses corps, ses déplacements et ses événements, peut devenir le ظاهر (al-ẓāhir) à partir duquel se dessine un monde intérieur. Le symbole extérieur n’est donc pas quelque chose qu’il faudrait abandonner pour atteindre le sens intérieur. Il peut au contraire être le chemin qui y conduit.
Le ظاهر (al-ẓāhir) montre ; le باطن (al-bāṭin) révèle. Une montagne, une maison, une route, une monture, un trésor, une graine, une muraille ou un voyage peuvent ainsi être considérés dans leur réalité extérieure tout en laissant apparaître une autre dimension. Chaque symbole extérieur peut renvoyer à son باطن (bāṭin). Le monde extérieur devient alors comme une surface sur laquelle se dessine progressivement une géographie intérieure.
De la dualité à la multiplicité Cette approche modifie également la manière de concevoir le sens. Si un mot possède plusieurs sens, la lecture n’est plus nécessairement obligée de choisir immédiatement entre deux possibilités. Elle peut sortir de la logique :
0 ou 1 pour entrer dans une dynamique plus riche :
plusieurs possibilités → relations entre elles → émergence d’une lecture. Il ne s’agit plus seulement de décider quelle case est la bonne, mais d’observer ce qui apparaît lorsque plusieurs dimensions du mot sont mises en relation. La lecture passe ainsi :
de la dualité vers la multiplicité. Le sens devient dynamique. Une possibilité n’annule pas nécessairement les autres. Elle peut entrer en relation avec elles, les éclairer ou faire apparaître une dimension qui n’était pas visible lorsque chacune était considérée isolément. C’est dans cet espace que se situe mon exploration.
Le sens comme champ Je peux alors représenter le mouvement général ainsi :
Mot → pluralité des sens → champ de possibilités → orientation → émergence du sens. Et lorsqu’un mot appartient à un récit ou à un verset, ce champ ne reste pas abstrait. Les mots entrent en relation. Leurs différentes dimensions commencent à se répondre. Une image extérieure peut alors faire apparaître une dynamique intérieure. C’est ce passage qui constitue le cœur de ma lecture :
le ظاهر (al-ẓāhir) du monde extérieur devient le lieu où le باطن (al-bāṭin) peut se révéler. Ainsi, le sens n’est pas seulement quelque chose que l’on extrait d’un mot. Il peut aussi être quelque chose qui émerge de la relation entre le mot, le contexte, les autres mots et celui qui les contemple. C’est pourquoi cette recherche avance en trois temps :
Citation → Synthèse → Émergence.
La citation appartient à la source.
La synthèse rassemble ce que les sources permettent d’observer.
L’émergence correspond à ce qui apparaît lorsque ces éléments sont mis en relation dans une lecture.
C’est dans cet espace que commence véritablement mon voyage :

ouvrir le mot, parcourir ses possibilités, laisser le ظاهر (al-ẓāhir) révéler le باطن (al-bāṭin), puis observer quelle lecture émerge.
[ Mot / Citation ]
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[ Pluralité des sens ] ──> Le dictionnaire comme point de départ
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[ Champ de possibilités ] ──> Tafsîr (Ouverture)
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[ Orientation ] ──> Ta’wîl (Mouvement dans le champ)
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[ Émergence du Sens ] ──> Le ẓāhir révèle le bāṭin (Géographie intérieure)